Je suis marié, père, maître et cadre. Comment ne pas être heureux?

Il m’arrive souvent de quitter la maison tôt le matin pour aller travailler, avant même que ma femme et mon enfant se réveillent. Je suis dans le transport en commun et je pense à ma journée de travail. Je regarde mes nombreux courriels non lus et mon agenda de la journée. Je fronce les sourcils en constatant que ma journée est remplie de « meetings » inutiles. Je fronce aussi les sourcils en pensant aux conflits répétitifs avec une employée difficile. Soudainement, j’arrête de penser à cela et je me demande : « Est-ce que je suis heureux? »

Quand j’y réfléchis, je pense que je ne suis pas à plaindre. À 32 ans, je suis marié avec une femme merveilleuse, je suis père d’un enfant parfait, je suis maître (diplômé d’une maîtrise – je ne suis pas avocat) et je suis cadre (emploi – pas ce qu’on accroche au mur). J’ai aussi une maison et un chien. Je n’ai pas de dette, sauf l’hypothèque. Je dors bien la nuit.

  • J’ai bien réussi au niveau scolaire en obtenant des diplômes de premier et deuxième cycle universitaire. Ces diplômes m’ont permis de décrocher un excellent emploi dans mon domaine.
  • J’ai bien réussi (jusqu’à maintenant) dans mon emploi et j’ai obtenu une promotion importante plus tôt cette année. Cette promotion me permet d’augmenter mes revenus et ainsi d’augmenter mes épargnes.
  • J’ai trouvé la partenaire de vie idéale il y a plusieurs années. Nous avons acheté une maison, nous avons eu un enfant et nous nous sommes mariés.

Dans ce cas, comment est-ce possible de ne pas être heureux? En fait, quand je réfléchis à cette question, j’en viens à la conclusion que je suis heureux… quand je suis à maison et quand je passe du temps avec ma famille. C’est quand je quitte la maison que tout s’effondre. Je suis loin de ma femme, je suis loin de mon enfant, je dois rencontrer et discuter avec des gens qui ne m’intéresse pas.

Je ne suis donc pas heureux au travail. C’est évident! Quand je reviens du travail, et que je vois mon enfant qui m’attend dans la fenêtre du salon, le sourire me revient automatiquement (sauf lorsque j’ai eu une très mauvaise journée au travail, cela prend un peu plus de temps avant que le sourire revient dans mon visage). Mais, je me sens « heureux » toute la soirée, et ce, jusqu’au lendemain matin (c’est la roue qui tourne, non?).

Mais, pourquoi est-ce que je m’inflige cela? Pourquoi je quitte la maison 12 heures par jour (incluant le transport) pour aller passer du temps avec des collègues avec qui je n’ai pas de choses en commun? Pourquoi je dois aller travailler avec une employée difficile? Pourquoi est-ce que je garde un emploi qui ne me rend pas heureux? Pourquoi est-ce que je passe autant de temps loin de ma famille? C’est ça qui est le plus difficile pour moi – être loin de ma famille. C’est ça qui nuit à mon bonheur!

Comme tout le monde, je dois payer mes comptes. Je ne suis pas de ceux qui vivent d’une paie à l’autre. Mais, je suis tout de même esclave de mon employeur. J’ai besoin de lui pour recevoir mon chèque de paie pour ainsi pouvoir payer mon hypothèque et payer des dépenses courantes. Je fais partie de la « rat race » moi aussi! J’ai aussi besoin de ce chèque de paie pour pouvoir épargner le plus d’argent possible pour pouvoir atteindre l’indépendance financière au début de la quarantaine. C’est certain que je pourrais changer d’emploi. Je pourrais trouver un emploi à proximité de la maison. C’est vrai…

Mais, comme mon but est d’épargner le maximum d’argent d’ici les 8-10 prochaines années, c’est difficile de justifier de quitter un emploi très bien rémunéré pour trouver un emploi à proximité dont je sais très bien que je vais gagner moins de la moitié de mon salaire actuel. Les emplois payants en « Fintech » sont à Montréal.

Je dois en quelque sorte endurer mon emploi jusqu’à ce que j’aie atteint l’indépendance financière. C’est triste non? Mais, lorsque j’aurai atteint l’indépendance financière, je serai libre de choisir ce que je fais de mes journées. Par exemple, je serai libre de choisir si je veux vraiment quitter la maison chaque jour pendant 12 heures (et je vous confirme que ce n’est pas le cas!).

Est-ce qu’il y a une autre solution? Est-ce que je pourrais trouver un emploi un peu plus près de la maison dont mon salaire ne serait pas trop amputé? Peut-être que oui, peut-être que non. Ce sont toutes des questions que je me pose souvent. Pour l’instant, je n’ai malheureusement pas la réponse…

Et vous, comment vous sentez-vous le matin en quittant la maison pour aller travailler?

9 comments

  1. C’est vrai que c’est plaisant rester à la maison quand les enfants sont jeunes, surtout avant qu’ils commencent l’école. Mais après, les amis prennent de plus en plus de place dans leur vie, surtout rendu à l’adolescence. Donc dans 8-10 ans, toi tu seras disponible mais ton enfant ne voudra pas nécessairement passé tout son temps avec ses parents. J’en sais quelque chose, j’ai une fille de 17 ans qui est toujours occupée avec ses amies et un gars de 11 ans qui est un peu plus à la maison. Je travaille à temps partiel et des fois je trouve ça plate être seule à la maison.
    Donc, ce que je voulais dire, c’est que tu devrais en profiter pendant qu’il est jeune. À réfléchir

    1. Bonjour Suzy,

      Je comprends votre point de vue et merci de le partager avec moi et les autres lecteurs. J’ai effectivement déjà entendu ce commentaire (cette suggestion). C’est certain que les amis vont prendre plus de place, surtout à partir de l’adolescence. Dans mon cas, mon enfant va avoir environ 10 ans lorsque j’aurai atteint l’indépendance financière. Peut-être même un peu moins. Je pense qu’il va rester encore plusieurs bonnes années avant qu’il préfère passer plus de temps avec ses amis et qu’il quitte la maison pour aller étudier (cégep/université). Mais, vous avez raison, je dois en profiter en maximum avant que ce moment arrive. De plus, les premières années sont tellement importantes.

      Une idée que nous avons eu ma femme et moi est que je pourrais prendre une « retraite progressive » à partir de 37 ans (dans ~5 ans). Avec cette option, je quitterais mon emploi actuel (salaire très élevé, mais charge de travail intense et beaucoup de transport) avant d’avoir atteindre l’indépendance financière. Je pourrais trouver un emploi avec moins d’heures de travail et moins de transport. Ce serait un emploi beaucoup moins payant (les emplois payants en « Fintech » sont principalement à Montréal) qui rallongerait ainsi le moment d’atteinte de l’indépendance financière. Par contre, je gagnerais beaucoup en qualité de vie! Je pourrais passer plus de temps de qualité avec ma famille. Après tout, avec cette option, j’atteindrais l’indépendance financière à ~47 ans au lieu de ~42 ans, ce qui est encore relativement jeune. C’est un projet à réfléchir.

      Au plaisir d’échanger avec toi.
      Retraite101

  2. Holà Retraite101,

    C’est une question bien délicate et plusieurs n’ont même pas le temps de se la poser tellement ils sont pris dans la machine, embourbés dans les dettes jusqu’aux oreilles. Pour ma part, je n’ai jamais eu de plan pour atteindre l’indépendance financière comme telle mais je voulais avoir la liberté de quitter un emploi emmerdant quand ça me chantait, sans avoir à me préoccuper de comment j’allais vivre sans paie pendant plusieurs mois. J’ai donc souvent quitté des emplois pour voyager, faire de la coopération internationale, étudier, ou tout simplement parce que je m’emmerdais dans mon boulot. J’ai quitté la rat race à 52 ans mais j’aurais pu le faire avant si je m’étais tenue à un plan de match. Mais j’ai choisi de travailler 4 jours semaine au lieu de 5 pendant les presque 10 dernières années, et c’est un peu ce qui m’a permis de « toffer », et le fait que je pouvais partir de un à trois mois vers les tropiques pendant les 4 dernières années. Si j’avais décidé de travailler comme une débile pour piler le plus possible et en terminer au plus vite, j’aurais craqué. J’ai donc pilé moins rapidement et j’ai atteint mon but plus sereinement en ayant l’impression de ne pas trop être au goulag sibérien. Et j’en ai vus, des ambitieux avec des plans de carrière (beurk, je déteste cette expression) à tout casser, craquer sous la pression. Comme le disait un de mes profs au secondaire: peu, mais bien.

    1. Bonjour Gabrielle,

      Effectivement, je suis déjà dans la bonne direction dans la mesure où je suis capable de me poser cette question. Je connais plusieurs personnes qui sont pris dans la roue qui tourne sans fin, qui croulent sous les dettes et qui ont de la misère à dormir la nuit. Ces derniers ne se posent pas les mêmes questions que moi.

      La question se pose toujours pour atteindre l’indépendance financière et d’être libre : plus rapidement, et conséquemment, plus intense, ou plus lentement, mais moins intense (à lire, « plus agréable »)? Pour l’instant, je penche vers la première option. Je n’ai pas du tout l’impression que je vais craquer sous la pression. Mais, il me reste beaucoup d’années devant moi avant d’atteindre l’indépendance financière. Dans votre cas, je comprends que c’est la deuxième option. C’est aussi une option à laquelle je réfléchis (voir mon précédent commentaire). L’important est de se rendre à destination.

      Au plaisir,
      Retraite101

  3. Bonjour,
    Tout d’abord merci de partager votre vécu! De ma perspective, il y a deux façons de voir les choses : A) trouver un emploi le plus payant possible et prendre sa retraite rapidement pour faire ce qui nous plait (en tentant de préserver sa santé mentale en chemin!), ou B) Trouver un moyen d’être rémunéré en faisant ce qui nous plait («Choose to work on things you are passionate about and you will always be passionate about what you are working on.» – John P. Strelecky). De mon côté, j’ai choisi l’option B). Je suis une illustratrice et une artiste, vous pouvez donc vous imaginer que mon revenu n’est pas gigantesque. Mais je n’ai pas toujours été illustratrice, j’ai eu auparavant un emploi où je travaillais en soins aigus dans un hôpital. Après avoir vu mes collègues se claquer l’une après l’autre des burn out, après avoir entendu maintes fois «tu vas voir, quand tu vas faire ton burn out» (comme si c’était un passage obligé/normal !?) et sentant que le miens arriverait bientôt, j’ai tout lâché. J’étais aussi une super surconsommatrice à cette époque, peut-être qu’acheter me permettait de combler un certain manque émotionnel, ou de m’autorécompenser pour mes durs efforts, je ne sais pas. J’ai tout lâché pour faire la profession que j’avais toujours rêvé faire, mais qui m’avait semblé trop incertaine au plan financier. J’ai appris a mieux gérer mon argent et au final, j’ai tellement réduit mes dépenses que notre revenu/épargne familial a considérablement augmenté, même si mes revenus ont chuté drastiquement. Je suis beaucoup plus heureuse avec ce mode de vie. Je déteste maintenant magasiner (Le temps perdu dans les magasins est un temps emputé sur le temps que j’ai pour créer et faire ce qui me fait vibrer!). Je ne pense pas à arrêter de travailler, car à ma retraite je ne vois pas ce que je ferais d’autre qu’être illustratrice, c’est ce que j’adore faire. Tant que mes yeux et mes mains collaboreront, c’est ce que je souhaite faire. J’ai lu le livre The Why Café, de John P. Strelecky. Je n’ai pas tripé sur la partie mystique / ésotérique du truc (suite à ma maitrise à la faculté de médecine, je ne crois maintenant qu’en la science), mais un passage de ce livre m’a particulièrement marquée. Je vais le raconter brièvement, selon le souvenir que j’en ai. Dans un pays chaud et pauvre, un père de famille pêchait des poissons sur son petit bateau toute la journée et passait ses soirées avec sa femme et ses enfants sur la plage. Il ne manquait de rien, mais il n’était pas riche, très loin de là. Ses poissons avaient beaucoup de succès. Il a rencontré un touriste qui lui a demandé pourquoi il ne grossirait pas sa flotte de bateau et n’engagerait pas des employés pour pêcher à sa place, ainsi, il pourrait vendre plus de poissons et il gagnerait beaucoup plus d’argent! Le pêcheur demanda au touriste «Mais qu’est-ce que je ferais bien avec tout cet argent?», le touriste lui répondit qu’il pourrait faire ce qu’il veut. Le pêcheur répondit alors « Je pêcherais toute la journée sur mon petit bateau car ça me rend heureux, et le soir, je passerais du bon temps sur la plage avec ma femme et mes enfants»… Ce passage du livre m’a fait beaucoup réfléchir. La vie peut être courte parfois et il est possible qu’elle s’arrête abruptement, bien avant ce que l’on aurait cru. Pour le moi le choix B) s’est imposé. Mais je ne crois pas qu’il y a de mauvaises réponses, je pense que l’option A) et l’option B) sont aussi valables l’une que l’autre. Il faut juste choisir celle qui nous convient le mieux 😉 ! Bonne journée!

    1. Bonjour Josianne,

      Bienvenue officiellement sur mon blogue. Merci à vous aussi de partager votre vécu avec la communauté d’indépendance financière. C’est souvent sur les communautés en ligne (je parle de communautés en général) qu’on se permet de partager un peu plus ouvertement notre vécu avec les autres. C’est aussi sur ces communautés qu’on se rend compte qu’on n’est pas seuls à avoir des valeurs ABC et à penser d’une façon XYZ.

      Pour l’instant, j’avais toujours penché pour l’option A. Je suis dans un mode que je veux gagner le plus d’argent possible, dépenser le moins possible, épargner le plus possible et ainsi quitter la « rat race » dès que possible. Mais, depuis quelque temps, je réfléchis à l’option B. J’imagine que c’est un réflexe naturel dans le but de préserver ma santé mentale, comme vous le dites. Peut-être qu’un jour, je ferai comme vous, c’est-à-dire de lâcher d’un coup mon ancienne vie de travailleur acharné (à lire « esclave salarié ») pour vivre de ma passion. Même si c’est pour vivre d’un emploi moins payant, au moins, je pourrais ainsi retrouver un meilleur équilibre dans ma vie.

      Qu’est-ce qui a été le plus difficile quand vous avez fait ce grand changement? Avez-vous eu le soutien de votre conjoint, de votre famille, de vos amis, etc.? Avez-vous reçu des commentaires négatifs qui vous ont fait douter de votre choix?

      Au plaisir,
      Retraite101

  4. Salut retraite 101, je prend la peine de t’écrire pour la première fois. Je lis tous tes chroniques et félicitation pour ta plume et sur les sujets abordés.

    Je suis dans cette réflexion plus que jamais! J’ai fait le choix de prendre des contrats en dehors de mon travail afin d’augmenter mes revenus. Mon objectif personnel depuis que j’ai 30 ans était de payer La maison le plus vite possible afin de sortir de la rat race, en fait je deteste les dettes. En juin dernier, nous avons effectué notre dernier paiement sur l’hypothèque… soit 8 ans plus tard…cependant je dois trouver le prochain objectif.

    J’ai changé plusieurs fois de travail en raison d’incompatibilités avec mes supérieurs. J’ai enfin trouvé un travail satisfaisant au printemps dernier. J’en ai pas contre le travail mais contre le 9 à 5 ou encore le 8 à 5 pour les moins chanceux. Heureusement je pars pour un peu moins longtemps, soit en moyenne 10-11 par jour. Ou ça se complique c’est que mes contrats se sont accumulés et ils ont pris une partie importante de mes temps libre que je dois faire un choix pour trouver l’équilibre. Voici mes options:

    A) continuer tel quel avec un emploi et mes contrats et espérer prendre ma retraite à 45 ans. J’ai encore peu de REER mais mon coût de vie est très faible. Avec cette option j’ai très peu de loisir pour les 7 prochaines années . Continuer d’être souvent fatigué et de ne pas avoir de temps

    B) abandonner mes contrats et espérer cumuler entre 500k et 750k pour les 15 prochaines années avec mon boulot. Retraite à 53 et vie plus équilibrée

    C) abandonner mon travail et vivre de mes contrats en travaillant à la maison. J’aurais besoin de quelques contrats de plus pour y arriver. Avantage de quitter le 8a5 et faire mon horaire. Désavantage de perdre un peu de vie sociale et de mentorat de mon travail

    D) abandonner mon travail et travailler partiellement de mes contrats 20 heures semaines jusqu’à 60 ans. Je commencerais déjà une preretraite (je n’ai pas d’enfant)

    Quoi choisir ? La response dans la prochaine année.Je suis ouvert à tous les commentaires. La seule que je peux te dire par rapport à ton choix, c’est que 10 ans à faire quelques chose que l’on aime pas c’est long!

    1. Bonjour Frank,

      Bienvenue officiellement sur mon blogue et merci beaucoup pour vos commentaires.

      Félicitations d’avoir terminé de rembourser votre hypothèque en 8 ans. C’est une étape très importante (que je n’ai pas encore atteinte).

      Concernant les options que vous mentionnez, je pense que trouver un équilibre qui vous convient est ce qui est le plus important. C’est d’ailleurs sur cela que je travaille moi aussi. C’est à vous (et votre femme, le cas échéant) de choisir ce qui est le mieux pour votre situation. Si j’applique vos options à ma situation personnelle, je ne choisirais pas l’option A. Mon temps est tellement important, qu’en dehors du 8 à 5, je ne voudrais pas faire des contrats… Je voudrais passer du temps de qualité avec ma famille.

      Concernant mon emploi, je l’aime beaucoup. C’est seulement que la charge de travail est élevée et que je n’ai pas grand-chose en commun avec mes employés et mes coéquipiers. C’est aussi que je passe beaucoup de temps hors de la maison et loin de ma famille. Par contre, comme je discutais avec le Blogueur Masqué, j’ai mis beaucoup d’années à me rendre où je suis rendu présentement. Mes revenus sont en forte croissance depuis 2 ans (+25% d’augmentation de salaire) sans compter mes bonus annuels. J’en profite pour augmenter considérablement mon taux d’épargne et ce n’est donc pas le moment de lâcher. On verra au cours des prochaines années…

      Au plaisir d’échanger avec vous.
      Retraite101

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